PROVINCES SAHARIENNES

Laayoune

 

Les conquêtes coloniales ont faussé les perspectives pendant un bon siècle en inventant des limites aux «Fils des nuages» qui ne connaissaient qu’un maître : la pluie rafraîchissant les sebkas et faisant pousser en quelques jours de quoi nourrir leurs milliers de dromadaires. Tindouf, fausse capitale créée de toutes pièces en 1934, est une coquille vide historiquement : n’est pas Tombouctou qui veut, et encore moins Sijilmassa, capitale des échanges avec les Noirs.

La symbiose entre le Sahara et l’Empire almohade devenu chérifien est millénaire. On le comprend mieux en allant de Guelmim à Smara. Guelmim, grand port saharien dont le marché rameute des milliers de bêtes depuis toujours.

Laayoune.

La bourgade est devenue une ville de quelque 250 000 habitants. Effet caméléon dans ce camaïeu de brun et de beige, les briques comme les étoffes sont d’une rare élégance. Drapées à l’identique, les deux amies, qui sortent sans doute d’un de ces ateliers d’artisanat qui animent la jeune capitale, vont disparaître dans les briques qui leur ressemblent : c’est un mirage, citadin, aux portes du désert des vrais mirages.

Laayoune.

Cette dame d’un âge certain, enveloppée dans son vêtement drapé si photogénique, apprenait à lire, en pleine rue, dans un livre pour enfant, une sorte d’abécédaire. Elle était fière de son énergie et heureuse de me montrer ses progrès.

Laayoune.

Une photo ne répondra jamais à la question que nous nous poserons toujours : cette chèvre qui donne presque deux litres de lait par jour (pas spontanément, il faut lui entraver les pattes antérieures !), comment fait-elle pour se nourrir ?

Oasis de Laayoune.

Ce n’est pas ici que La Méduse de triste mémoire s’est échouée, car nous ne sommes pas au bord de l’océan. Pourtant, l’illusion est parfaite, d’autant qu’une mouette opportuniste plane allègrement pour compléter le décor. Ces dunes au galbe parfait sont à un petit kilomètre de la capitale des provinces sahariennes alors qu’on peut se croire au coeur du Grand Erg : pourtant je suis seul au monde. Envie de planter sa tente, de respirer à pleins poumons la fraîcheur des alizés dans ce décor de superproduction. Cette mer d’améthyste n’est que la forme ultime d’un fleuve saharien qui se fait tout petit avant de disparaître dans les sables d’or : la Seguiet al-Hamra, le fleuve rouge qui vient de Smara, se multiplie en lacs d’émail où le soleil joue dans l’azur.

La "Guédra"  de Laayoune..

 

La "Guédra"  de Laayoune..

L'oasis de Laayoune.

Laayoune.

Oasis de Laayoune.

Port de Laayoune

Port de Laayoune

La lagune de Naïla et ses moutons de prés-salés.

Smara, la mythique cité des sables

 

Les deux livres qui m'ont fait venir et revenir à Smara

Smara est le titre d'un livre écrit par Michel Vieuchange. Ces textes reprennent les carnets de voyage qu'il a tenus du 10 septembre au 16 novembre 1930, en accomplissant près de 1 400 km à pied de Tiznit à Smara.

Les carnets de route de Michel Vieuchange ont été publiés chez Plon en 1932, par Jean Vieuchange, son frère, sous le titre Smara, chez les dissidents du Sud marocain et du Rio de Oro, avec 53 gravures et une carte, et une préface de Paul Claudel.

Smara.

Le rocher de Tbeïla est le but de mon voyage à Smara, perdu dans l’immensité, difficile à trouver, en dépit de sa taille, quand on est à vingt mètres ! L’écrivain Le Clézio lui a donné une vraie notoriété en Occident : c’est là que s’est posé et installé le très vertueux Sidi Ahmed el-Arrousi. On voit encore deux trous dans le grès : la trace de ses premiers pas. Ce n’est pas une « colonne merveilleuse », encore moins une météorite, mais un signe sacré. C’est l’imam de Smara, qui à droite dirige la prière sur le tombeau du saint dans son mausolée, qui m’a permis d’en approcher. Les fidèles, et eux seuls, prennent l’échelle pour prier au sommet.

Le rocher de Tbeïla

Son fils El-Hiba réunira les tribus et luttera contre l’avancée des troupes françaises dans le sud du Maroc en 1905. Reste de cette époque le rocher

de Tbeïla, bien caché dans l’immensité à quarante-cinq kilomètres de Smara, là où le saint Sidi Ahmed el-Arrousi a touché terre après avoir été « téléporté » de Marrakech par un génie bienfaisant, selon la légende. L’homme de prière a commencé aussitôt son enseignement et les noms de ses disciples sont gravés dans le grès érodé par le vent.

le Rocher, énorme et mystérieux bloc de grès qui servait de refuge au saint, "poste d'observation sur l'espace, l'éternité".

Smara.

Un instant de haute spiritualité grâce à une rencontre près de la ville qui fit tant fantasmer, symbole de ces forces qui remontèrent jusqu’à Tolède. Un tombeau de saint dans un bâtiment simple, vraiment monacal.

Et quelques-uns des chefs R’guibat, les « Fils des nuages », qui prient.

Le rocher de Tbeïla, l'imam et son fils

Smara

Smara.

Un notable m'a reçu en  faisant passer d’abord la jatte de lait de chamelle, puis le thé brûlant pour faire oublier la chaleur. L’hospitalité des « fils des nuages » n’est pas une formule toute faite, c’est une réalité, je n’ai jamais rencontré autant de gentillesse, vraie. Sa « famille » se partageait une demie douzaine de tentes, écartées d’une trentaine de mètres les unes des autres. Leur village en toute liberté.

Le conseil des chefs R’guibat, les « Fils des nuages »,

Quelques-uns des chefs R’guibat.

La Zaouia de Smara et le petit-fils de Ma el-Aïnin

elle constitua un centre religieux et politique pour le Sahara au début du XXème siècle.

La Zaouia de Smara .

Elle a été restaurée, sauf la mosquée, qui est en ruine..

Smara reste un haut lieu de spiritualité. Fondée par Ma el-Aïnin qui prêchait le retour à l’orthodoxie et qui resta très longtemps à La Mecque en compagnie du fils aîné du sultan du Maroc Moulay Abderrhamane. Beaucoup plus tard, il devint l’envoyé du sultan Moulay Hassan le Grand : on a retrouvé en 1938 son dahir de commandement signé du souverain.

Dans le palais du grand Ma El Aïnin, à l’entrée de la ville, son petit-fils Shebet perpétue la tradition tout en s’adaptant

Pour en savoir plus sur Ma El Aïnin,

cliquez sur le lien ci-dessous

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L'ancien  fort espagnol de Smara

Campement de printemps autour de Smara.

Smara.

L’intérieur d’une tente, on est toujours étonné par l’espace et le confort. La tente n’est pas un pis-aller rendu nécessaire par la maigreur des pâturages qu’il faut chercher sans cesse, c’est un vrai lieu de vie, convivial, chaleureux, coloré, étonnement frais. Confortable : il faut l’avoir vécu pour l’éprouver.

Smara.

La cuisine extérieuse 

Smara

Smara

Smara

Près de Smara, un campement. Le sourire de la petite fille dans les bras de sa grand-mère est très révélateur du plaisir que les nomades – ou seminomades, ou transhumants, comme on voudra – éprouvent sous leur tente. Ce n’est pas un pis-aller, c’est un choix, et la tente, habilement agencée, est remarquablement ventilée. Bien plus confortable que des logis en dur grands comme des placards ! La mère de la fillette faisait la cuisine dehors, protégée par un azib de branchages et d’épineux. La grand-mère avait cessé un instant de baratter le lait de chamelle, placé dans une outre de chèvre, pour câliner la fillette. Ma présence ne gênait personne et je n’ai jamais pris autant de thé à la menthe, tellement sucré.

En route vers Dahkla.

Ainsi cadré on dirait une bande de bêtes faméliques alors qu’il s’agit de quelques « bosses » d’un troupeau de plusieurs centaines de têtes s’installant dans un nouveau pâturage, le long du littoral. Un élément essentiel de

«richesse» que l’on comprend quand on arpente sable et cailloux.

Dahkla.

L’évidence que le Sahara commence à l’océan ne doit pas faire oublier qu’il procure des joies plus terrestres. Cette rencontre unique entre deux fronts, la houle de l’océan et les vagues de sable, présente, entre autres, deux avantages. Fournir la nuit des brumes légères, des vapeurs d’eau dont profitent les deux cent cinquante plantes qui nourrissent les troupeaux, donc les hommes. Permettre aujourd’hui le sport ; distraction la plus à la mode : le kitesurf. Car le vent souffle toujours à la frontière des deux températures et permet de s’élever dans les airs toute l’année. La lagune de Dakhla est un terrain de jeu idéal puisque le kitesurfer qui aurait raté son coup ne retombe que dans un mètre d’eau et s’en relève très vite. Plus haut, plus vite, plus sûr ! Avec le sentiment d’être seul au monde au-dessus des grèves scintillantes.

 

Dahkla.

La lagune de Dakhla, une immensité aux couleurs pastel. La mer, le sable, et encore l’océan, et des plages profondes de plus de cinq cents mètres, longues de dizaines de kilomètres totalement vierges.

La lagune de Dakhla, le premier campement de la lagune.

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