MAROC MÉDITERRANÉEN

Tournée vers le soleil levant, la côte du Rif décrit un immense croissant de Ceuta à Oujda, protégée au sud par des montagnes enchevêtrées, d’accès difficile, couvertes de forêts profondes, cisaillées par des ravins sur lesquels pas le moindre brin d’herbe ne peut s’accrocher. Ce n’était pas le jardin d’Éden : les ruisseaux de lait et de miel ne coulent pas dans ces vallées fleuries.

Si bien que les hommes du Rif devaient quitter périodiquement leurs montagnes pour faire les moissons et les vendanges chez les autres. Personne ne venait chez eux. C’est pourquoi leur côte, par ailleurs si engageante, était la moins courue du Maroc. C’était hier. Aujourd’hui, ces paysages qui peuvent rappeler la Navarre ou la Lozère sont accessibles, une belle route décrit désormais le littoral : le Rif n’est plus une île, mais une destination de caractère. Où l’impression d’être le premier n’est pas toujours infondée. Puisque le Rif a été si longtemps une île, il lui en reste quelque chose. C’est une vieille histoire mais qui mérite d’être contée.

 

Rif.

Les vallées s’enchaînent à l’infini, comme un toboggan, verdoyant, le plus souvent aride mais parfois traversé comme ici par des vallées de lauriers roses. Le relief offre des séries de belvédère qui multiplient les points de vue

Rif.

Si les montagnes ne sont pas les plus hautes du Maroc – le mont Tidighine n’atteint que 2 450 mètres –, elles sont les plus hermétiques. Les vallées, séparées de la Méditerranée ou de l’influence atlantique, peuvent être très sèches, voire ressembler à la steppe. Univers très segmenté, isolé, qui a forgé le célèbre caractère rifain.

 

Tétouan.

Jeu de construction, maquette, rêve de peintre cubiste, Tétouan s’est établie à quelques kilomètres de la mer, près d’un estuaire exigu mais rassurant. Une ville non pas insaisissable mais peu évidente à approcher, et que l’on apprend à aimer : il faut prendre son temps, oublier ses références, faire sa conquête. Ce n’est pas une ville qu’on rencontre « sur sa route », il faut la choisir, la rechercher

Tétouan.

L’accord est tellement parfait entre le petit pot de fleurs et le vêtement de cette Rifaine descendue au marché, que je suppose encore que le vendeur l’a imaginé. Pot blanc comme son haïk. Rayures roses et blanches, comme les fleurs. La femme a « flashé » aussitôt. Je vois encore son étonnement devant cette harmonie, ces correspondances. Tout de suite, elle a appelé sa compagne, comme si elle lui disait : « Regarde, c’est comme nous ! »

Même la tête du tournesol rappelle le petit pompon sur son chapeau.

Tétouan.

Son nom signifie « les sources » qui nourrissent jardins et vergers. 

« La ville présente l’aspect le plus riant que l’on pût voir » a dit un esthète.

C’est une ville animée, pittoresque, vivante, douée pour les (bonnes) surprises. Et sa région est magnifique.

Tétouan.

Souk el Sebt de Saïd.

© 2019 by Jacques Bravo