MAROC MÉDITERRANÉEN

Le Rif est une spécialité pour voyageurs exigeants. Le diamant noir, ou plutôt le diamant bleu, est cet élixir de ville en pleine montagne : Chefchaouen, la ville bleue. Une cité inimaginable fondée il y a quatre siècles par des émigrés de haute culture venus d’Andalousie, voisine, finalement. Le résultat dépasse tous les rêves.

Dans les cèdres, les chênes verts et les pins, largement irrigués par des sources à haut débit, un emboîtage subtil de maisons, de mosquées, de passages, d’escaliers donne l’impression d’aller nulle part, soumis à l’omniprésence du bleu qui donne aux formes des reliefs, des douceurs et des nuances qui se renouvellent chaque année. Unique mais jamais uniforme. On n’a pas le droit de parler de miracle (esthétique), mais il est difficile de ne pas y penser. Encore moins de l’oublier quand la route retrouve le grand bleu de la Méditerranée.

 

Chefchaouen.

C’était un objectif majeur lors de mon reportage sur la côte méditerranéenne, de Ceuta à Oujda. Pâques, lumières qui se précisent. Je savais que cette ville exceptionnelle était bleue, mais je ne savais pas que pour mon deuxième séjour, elle serait aussi lumineuse ! Le temps des vacances avait autorisé les écoliers à donner un coup de main : pinceaux et brosses avaient voltigé sur les murs édifiés à la fin du XVe siècle, et le bleu de Chefchaouen, une vraie marque déposée, avait repris possession de la ville sainte. Une ville-sculpture, une promenade de spéléologue puisque tout est passage et voûte, puisqu’elle est un organisme complexe fidèle à sa mémoire mais vivant. Tout est bleu, le sol, les murs, le ciel, mais offrant des variations à l’infini d’une teinte magique qui se multiplie. Je marchais dans le ciel. Pendant trois jours, je suis devenu un homme bleu, guettant la lumière qui invente les espaces. Silhouettes presque immatérielles d’une femme et de ses enfants qui rentrent de l’école. Ce n’est donc pas un rêve…

Rif.

Si les montagnes ne sont pas les plus hautes du Maroc – le mont Tidighine n’atteint que 2 450 mètres –, elles sont les plus hermétiques. Les vallées, séparées de la Méditerranée ou de l’influence atlantique, peuvent être très sèches, voire ressembler à la steppe. Univers très segmenté, isolé, qui a forgé le célèbre caractère rifain.

 

Chefchaouen, la perle du Rif.

Belle le jour, la nuit, sous toutes les lumières. J’avais dormi au sommet pour être sûr de ne rien rater. L’oeil rivé à l’est jusqu’à ce que le soleil commence à sortir de sa gangue laiteuse. Soudain tout est bleu : le fameux bleu de Chefchaouen vient donc d’une aurore ? Le ciel, la brume épaisse dans les vallées, la ville déjà lumineuse, comme si elle était éclairée de l’intérieur. Harmonie parfaite. Une recommandation : faire la balade à pied, car la ville est installée sur deux sommets en forme de corne qui lui donnent son nom.

Chefchaouen est un double labyrinthe, vertical et horizontal. Inextricable mais pas inquiétant. On change de niveau sans s’en apercevoir ; on tourne à droite, en fait on se retrouve à gauche. On perd tous repères, et la couleur complique le jeu en privant de point facile à identifier.C’est une symphonie en bleu, pour initiés. Plus proche au premier abord de la sculpture que de l’architecture. La jeune femme attendait son petit frère qui allait sortir de l’école ; je les ai retrouvés plus tard au détour d’une marche, je ne saurais évidemment dire où ! Dans le grand bleu…

Chefchaouen.

Le nom vient de Ech Chaoun, « les cornes », nom d’une des deux montagnes sur lesquelles s’adosse la ville bleue, qui culminent à plus de deux mille mètres. Vraie capitale de haute culture religieuse, cité des mosquées, elle a été fondée par le chérif Moulay Ali ben Rached en 1471, pour en faire une base pour lutter contre les incursions portugaises. Elle en garde un caractère unique.

Chefchaouen

© 2019 by Jacques Bravo