Indonésie : Expédition en Terres Oubliées de la Fondation Iris

 

ÉPISODE 13

OÙ L’ON DÉCOUVRE DES BÉNITIERS GÉANTS DANS LE JARDIN D’EDEN

Carnet de voyage du photographe Jacques Bravo dans les peties iles de la sonde en Indonésie. Ile de Savu

3 Août 2015

Le bateau est paré par tout l’équipage de petits drapeaux en prévision de la fête nationale. Finalement la traversée de Timor à Savu n’a pas duré 18 heures comme prévu, mais seulement 13 heures car les courants étaient favorables. Nous arrivons devant le petit port de Seba vers sept heures du matin. La flotte est assez conséquente comparativement aux autres petits ports que nous avons fréquenté.

Ile de Savu, Port de Seba-Ile de Savu, Marché de Seba-Ile de Savu-Indonesie-Jacques Bravo

La côte est couverte de Lontar (palmier Borassus) plutôt que de cocotiers et il est très important pour l’économie locale.

C’est l’île ou les hommes doivent savoir grimper aux palmiers Lontar pour pouvoir se marier.

Ici la sève est plus sucrée que celle de Timor d’après Agus. Avec cette sève on fait du vin, du sucre, et de l’arak. Avec les palmes on fait des toits et des paniers. Avec les pétioles on fait des murs et des barrières. Avec les troncs on fait des bâtiments, des charpentes et des meubles. L’île est assez plate et semble plus cultivée même en haut les collines.

Le matin, certains vont au marché de la petite ville de Seba. L’après- midi nous allons tous en biscayu pour découvrir le centre de l’île. Les champs sont très secs et il n’y a qu’une récolte de riz par an. Il n’y a de pluie que de novembre à janvier. Les animaux paissent dans les chaumes coupés, les chèvres, les vaches, les cochons et même les petits chevaux sont maigres. Quand on demande aux villageois de nous couper une noix de coco et que l’on donne le reste aux chiens ils sont avides de cette eau.

L’ensemble de l’île est anthropisée. Là où il y a des arbres ils sont plantés: du sal (Shorea robusta), du tek blanc (fleurs jaunes), des Sterculias, des tamarins, des cocotiers, des « lauriers ». Pour les buissons on trouve des Jatropha gossypifolia qui ne sont pas broutés, tout comme des Acacias très épineux (pompons jaunes), des Zysiphus épineux également, des Lantanas, des Acacias flamme rouge. Plus bas il existe des patchs verts le long d’un canal : ce sont des échalotes qui poussent après le riz. Il y a également des jardins autour d’un barrage. En aval il y a un système d’irrigation mais en amont l’eau est puisée avec 2 seaux qui sont portés sur une palanque faite de pétioles de Lontar.

Le type humain est, comme à Timor, plus fin et asiatique, moins papou. Les cheveux sont plus lisses, les maxillaires moins puissants et les corps bien plus menus... La nutrition moins abondante est peut être aussi en cause. Souvent à côté de la maison au toit de tôle il y a la maison au grand toit de chaume : il semble que les nouvelles constructions ne sont pas toutes adoptées. Mais les T-shirts des enfants font tous référence au football, partout, même au fin fond d’une île perdue d’Indonésie.

4 Août 2015

En route en biscayu vers la plage de Pantasemara à l’est, là ou il y avait sur la carte une étoile avec écrit « Jardin d’Éden ».

Nous nous arrêtons devant l’école dont notre guide anglophone est le directeur. Il y a la répétition de la fanfare qui se prépare pour la grande fête de l’indépendance de l’Indonésie. Notre présence fait événement. L’air est assez militaire mais il y a quelques fioritures et l’ensemble de cette jeune assemblée est très sympathique et accueillante comme d’habitude. Il y a un tambour géant qui fait le pitre avec des figures inédites : il tient son tambour entre les dents. Grand final avec une pyramide humaine.

Nous reprenons la route. Elle est en construction avec plein de poussière car le sol est un calcaire corallien blanc; il y a quelques zones terreuses de couleur rouille. Dans les lits des rivières élargis il y a des plantations de riz, la deuxième de l’année. Le vert des jeunes pousses contraste avec la sécheresse du reste de la campagne.

Nous reprenons la route. Elle est en construction avec plein de poussière car le sol est un calcaire corallien blanc; il y a quelques zones terreuses de couleur rouille. Dans les lits des rivières élargis il y a des plantations de riz, la deuxième de l’année. Le vert des jeunes pousses contraste avec la sécheresse du reste de la campagne.

Sur le bord de la route les arbres sont abattus pour faire une rigole de drainage nécessaire au moment de la mousson. Sans arbres la route sera encore plus chaude! Une construction neuve, enclose de murs se dresse au milieu de nulle part : un resort pour des réunions du gouvernement. À un moment un peu au hasard on prend un chemin à gauche. Habitat rural traditionnel, le sol est très caillouteux et il est de pierre de génération en génération pour dégager des terrains à peu près plans, entourés de murs de ces pierres sèches (mur en dentelle comme en Irlande). Des champs de maïs-haricot sont livrés aux chèvres après la récolte. Après quelques kilomètres nous entrons dans une forêt clairsemée, sèche, demi décidue, qui semble naturelle.

Après un quart d’heure de marche nous arrivons à la plage ou il y a quelques bateaux de pêche est un abri avec des filets, et des planches de séchage pour les algues. Nous découvrons également les incroyables mini-salines faites avec des bénitiers remplis d’eau de mer.

Nous visitons le village mégalithique de Kujiratu. Il est entouré d’un mur de pierres de corail avec des portails d’entrée faits de mégalithes. À l’entrée et au centre du village se trouve des Sterculias monumentaux. Au pied du dernier se trouvent des dalles de pierre et des stèles utilisées pour différents rituels ayant lieu à l’occasion des naissances, des morts et des mariages, et pour soigner certaines maladies dues à des comportements négatifs. Non loin des maisons se trouvent des tombes assez anciennes ou récentes. Les maisons au grand toit de palmes et au mur de bois plein sculpté sont très belles et élaborée

On pénètre dans l’une d’elle ou des enfants rigolent bien devant une émission de télévision. Quand on arrive ils arrêtent le son. Le plancher et le reste sont en bois de Lontar très solide. Il y a une chambre pour les filles, une chambre pour les garçons (grand désordre) et une chambre pour les parents, l’espace cuisine intérieure est seulement utilisé en période de mousson, et à l’étage se trouve un grenier. Ailleurs nous trouvons la maison communautaire, où les vieux se retrouvent à piler leur bétel car ils n’ont plus de dents pour le mâcher. C’est un immense toit de palmes où sont accrochés de nombreux paniers et de nombreuses assiettes en palme tressée. S’y rassemblent pour les fêtes les 50 personnes du village ainsi que ceux des alentours. À côté, j’admire une maison en construction : la charpente est commencée. Des planches sont découpées directement à partir des troncs avec une scie type tronçonneuse. Tout est fait sur mesure au millimètre près.

Sur le chemin du retour nous nous arrêtons dans une maison ou se fait la récolte du sucre de palme. Le grimpeur-récolteur souple et humble fait son travail avec une science parfaite. Il porte une ceinture de corde à l’arrière de laquelle se trouve un magnifique mousqueton de corne de buffle. Il y a accrochera son panier plein de sève. Ils porte également un couteau très aiguisé pour recouper a chaque récolte le pédoncule floral. Il a également un pinceau (pétiole écrasé et effiloché) pour nettoyer les paniers de récolte en feuilles de palme qui se trouvent fixés au pédoncule, chacun est recouvert d’un couvercle tressé pour éviter les insectes, guêpes et prédateurs.

Ensuite nous irons dans la maison de Moussa notre guide local pour nous faire habiller en Ikats. Le résultat est très sympa pour tous. Ainsi parés nous nous installerons dans les biscayus où nous attendrons quelques temps sans savoir ce qu’il va se passer. Nous pensons qu’il va y avoir une séance photo avec des danseurs et danseuses... En fait une troupe de danseurs traditionnels arrive avec de gros grelots aux pieds qui rythment la danse et le chant. Les danses sont menées par un danseur professionnel très énergique et habité par son art. Nous sommes rapidement sous le charme de cette belle énergie malgré l’incongruité du lieu : c’est un terrain de foot. À un moment nous sommes invités à nous joindre à la troupe. La séance se terminera lorsque Isabelle et Françoise seront amenées au centre comme des poulettes par un danseur qui joue au coq ! 

livre au premier matin du monde
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© 2019 by Jacques Bravo