Indonésie : Expédition en Terres Oubliées de la Fondation Iris

 

ÉPISODE 9

 OÙ L’ON CÔTOIE LES ESPRITS DES MORTS

AUSSI BIEN QUE LES TOURISTES LOCAUX AVEC LEUR PERCHE À SELFIE

Carnet de voyage du photographe Jacques Bravo dans les peties iles de la sonde en Indonésie. Volcan Kelimutu

26 Juillet 2015

On se lève à 4h30 encore dans la nuit et on part vers 5h30 en biskayu pour aller découvrir le mythique volcan de Kelimutu à Florès. Au fur et à mesure que nous avançons, les villageois se lèvent et apparaissent le long de la route emmitouflés dans leurs ikats. Il fait assez froid car on monte en altitude. On croise beaucoup de tombes chrétiennes au bord des routes devant la maison, la grande majorité de la population étant catholique, héritage des missions portugaises.

Beaucoup de rizières et de forêts bambous mais on garde les arrêts pour le retour car nous voulons atteindre le Kelimutu avant la montée des nuages. Nous arrivons au Parc National de Kelimutu vers 7h30/8h, la température est vraiment fraîche.

Les dernières centaines de mètres sont aménagées en escaliers qui mènent à une altitude de 1641 mètres, aux bords des cratères où le regard plonge sur les trois fabuleux lacs du volcan Kelimutu. Leurs couleurs changeantes reflètent les humeurs des dieux souterrains (autrement dit, la composition chimique des minéraux dissouts dans les acides fluctuent dans le temps). Ce jour-là ils étaient verts tous les trois : vert émeraude, vert céladon et vert bouteille D’autres jours ils peuvent virer au bleu, au brun, à l’ocre, et même au noir… Des fumerolles jaunes courent en lambeaux et jouent avec les ombres des nuages et les éclats de soleil sur les surfaces d’acides verts.

 

Certaines légendes, dont ce pays animiste regorge car toute la nature y est esprit ,  disent que ce sont les esprits des morts qui se manifestent là.

Après être passé par la porte des lacs gardée par l’esprit d’une vieille sage, les esprits des morts sont répartis dans les 3 lacs: les mauvais esprits dans l’un, ceux des anciens et des sages dans un autre, et ceux des enfants et des femmes dans le troisième. Le lieu est sacré et l’on vient y prier lors des décès. Les touristes indonésiens toujours de bonne humeur et souriants s’amusent à nous prendre en photo avec eux. Nous en faisons de même.

On sent la fraîcheur de l’altitude et la végétation est très différente. Des Casuarina aux troncs liégeux ressemblent de loin à des pins, des Vaccinium varengefolium rappellent les myrtilles, et des rhododendrons accentuent l’aspect montagnard de la végétation. La présence marquée de fougères arborescentes (Cyathea) rappelle les latitudes tropicales.

 

Nous visitons l’arboretum. Nous y trouvons le fameux gingembre banane et le Begonia Kelimutuensis endémique (trouvés par Patrick Blanc). À l’entrée du parc nous visitons rapidement le petit herbarium très miné par la vermine.

Picnic auprès d’une belle cascade avec une végétation luxuriante. Des gamins sauteurs s’en donnent à cœur joie dans les cuvettes de la rivière.

 

Sur la route du retour, les larges vallées sont cultivées de rizières en eau. Pour la deuxième saison les rizières mères, vert tendre, donnent les brins à repiquer pour les rizières filles. Les terrasses sont savamment irriguées avec des cocotiers qui ponctuent.

 

Les vallées plus étroites et plus élevées, ou les pentes, sont cultivées de vergers de mandarines, café, cacao, bananes, courges, haricots, le tout en forêt-jardin. Des palmiers à sucre (Arenga), des tamariniers et des noix des Moluques ou macadamia forment la strate arborée. Ces derniers sont partout présents, auprès des villages comme dans les zones éloignées. Nous traversons de grandes étendues couvertes de bambous.

 

Thomas trouve un bambou épineux qu’il va regarder sous tous les angles. C’est sans doute encore une espèce différente de celle vue à Komodo. Les oreillettes de la gaine sont peu développées, les poils sont blonds et les épines sont branchées : une espèce nouvelle? L’avenir le dira.

 

livre "Au premier matin du monde" des éditions Hozhoni
l'indonésie des petites iles de la sonde

© 2019 by Jacques Bravo