Sur les terres oubliées des Petites Iles de la Sonde
Sur les terres oubliées des Petites Iles de la Sonde

C'était le 19 mars. j'eus à peine le temps de lever la tête vers le vide de la nuit. Les étoiles avaient disparu comme aspirées vers d'autres ténèbres. L'air était devenu soudain silencieux . Un homme au regard illuminé par le Tio Pepe me hurla par la manche en hurlant. Un souffle brûlant me poussa en arrière . De la foule qui m'entourait, m'empêchant de fuir, m'empêchant de voir, monta une immense clameur. Devant moi, Valence s'embrassait.
Un à un les foyers crépitèrent. Le bombardement avait repris. Enfin, je parvins à me dégager. Valence était en feu. Les jeunes filles pleuraient, serrées contre leurs pères et les larmes roulaient dans les dentelles amidonnées de leurs robes de fête. Personne ne bougeait. De temps en temps, un homme se penchait pour attiser les flammes. alors, derrière moi, un feu d'artifice projeta contre la voute céleste une nuée affolée d'étoiles bleues et vertes. Je me bouchais les oreilles, Cela dura des heures. Enfin, à travers l'épais voile de fumée, une forêt de silhouettes blessées émergea sur un lit de cendres. Je venais d'assister, impuissant, à un gigantesque autodafé.
Valence venait de brûler ses démons comme elle le faisait chaque année.

Les Fallas débutent le 20 février avec l'exposition des ninots ou mannequins. Ces petits personnages satiriques sont exposés au pied des églises, dans les rues. Groupes inattendus, obsènes ou bon enfant. Un clin d'oeil à la société espagnole. Une caricature de la vie de tous les jours. Au terme d'un concours, un prix récompensera le plus beau modèle qui aura l'honneur d'appartenir au musée des ninots.
Jusqu'au 19 mars, la ville vivra au son des fanfares et des pétards.Chaque jours, à quarorze heures, las mascletas, des charges de poudres en paquets ou en tubes de fer, sont mises à feu.

Les ninots dans les rues


Dans un bar minuscule, près de la plazza del Pais Valencia, Luis, le béret triste, aspirait son jerez. "À l'année prochaine" glapissait-il en levant son verre. L'année prochaine ? "Comment? je ne savais pas". Il se frotta les mains et commença l'histoire.. Une heure plus tard, las fallas de Valence n'avaient plus de secret pour moi. Enfin presque ...Tout avait commencé il y a très longtemps, vers le XVI ème siècle. A l'époque, les charpentiers du quartier del Carmen étaient très nombreux. Ils avaient pris l'habitude le soir de la fête de Saint-Joseph, leur saint patron...Chez nous, ajouta-t-il plus bas, on a un saint pour tout. Eh! un malheur est si vite arrivé.. Ce soir là donc, ils se réunissaient et brulaient les copeaux et les chutes de bois d'une année de travail.cela devait bien bruler. Pensez, que du bois ! plus tard, ils s'encanaillèrent. Il faut dire qu'ils n'avaient pas la vie facile, ils bossaient et les patrons n'étaient pas des enfants de choeur. Mais on pouvait rien dire, alors ils eurent une idée . Pourquoi ne pas tailler dans le bois la gueule de ces patrons et gouverneurs qu'ils détestaient. Après on les brulerait et la colère passerait mieux. Au début, ils fabriquèrent des petites marionnettes. Puis, elles grandirent chaque année jusqu'a devenir les géants que vous avez vus.

Les jeunes filles sont les reines de la fête. Vétues comme des princesses de contes de fées, elles offrent leur innocence après la dérision. Chaque falla à sa déesse, élue par une commission. C'est elle qui présidera les fêtes de sa falla. Un jury de la ville élira parmi elles la fallera mayor : la reine de l'année, la représentante officielle de toutes les fallas. Les plus jeunes ont une dizaine d'années.


la Vierge des désemparés

On vénère la Vierge des désemparés pour se faire pardonner ses excès païens. Une procession armée de fleurs s'organise dans la ville. tous les enfants y participent. Le cortège, long sillon rouge et blanc brodé d'or coule dans la ville.





