SÉSAME POUR LE DÉSERT

En sortant de Marrakech 

Il faudrait même dire « les » déserts. Puisque l’infini est toujours pluriel au Maroc, mise en abyme des « terres sans hommes », c’est la définition première du mot. Alors que ces déserts sont une autre forme de vie, particulièrement pugnace. Les routes du Dadès, du Draa et du Ziz sont toutes différentes les unes des autres. Ce qui veut dire qu’il faut les parcourir toutes, donc y revenir. Aucune ne se livre en sa totalité en quelques jours. Il faut être gourmet, pas gourmand. Alors seulement la diffa, permanente, est fastueuse…

Deux cols vous proposent d’effacer des sommets qui dépassent quatre mille mètres : le Tizi N’Test est la porte du Sous, on vient de le voir, et en le dévalant vers le sud, si vous prenez la route d’Aoulouz, si vous flânez à Taliouine et Taznakht, vous rejoindrez alors Ouarzazate et les lacets qui descendent du Tizi N’Tichka, l’autre porte du désert. Tous les chemins mènent au Dadès, le pays des roses et des maisons si élégantes, sculptures de terre façonnées à la main, en pisé ou en brique crue.

À Tameslohte, rencontre avec un vieil homme dans son  palais, nous présentant quelques pièces d'or d'un trésor qui serait caché dans ses murs.

 

Tizi N'Tichka

Tizi N'Tichka

Tizi N'Tichka

Tizi N'Tichka

Tizi N'Tichka

Tizi N'Tichka

Tizi N'Tichka

Tizi N'Tichka

Tizi N'Tichka

Tizi N'Tichka

Tizi N'Tichka, vers Telouet

Telouet

 

Vers Telouet

Telouet

Telouet

Telouet

De Telouet vers Tamdahgt

Tamdaght

 

Tamdaght

Tamdaght.

Ksar et kasbah,sur l’Asif Mellah, un des ensembles les plus impressionnants de la région d’Aït Ben Haddou.

On arrive à Ait Ben Haddou par une piste bon enfant mini scénic railways, bondissante mais non brisante. 

Le terrain est absolument désertique même en ce printemps ni plus ni moins sec ou mouillé que les autres avant lui. Le vent de sable permanent oblige au coup d’œil économique, avaricieux même, rétrécissant au maximum un champ visuel attaqué déjà par l’éblouissance tranchante du soleil. Jusqu’au dernier moment le qçar est masqué par la haute rive droite « couronnée » de constructions modernes (disons, récentes, un village bis, du bon côté accessible) dont la banalité qui ne va pas jusqu’à la laideur fera du village vieux l’étonnante surprise qu’on n’attend plus.

 

En 1930, le célèbre peintre français Jacques Majorelle achève le tirage des << kasbahs de l'Atlas » et s'impose à la fois comme le Peintre de Marrakech et le Peintre du Sud. Grâce à ses oeuvres, les ksour et kasbahs du Sud Marocain, commencent à se faire connaître.

Aït Ben Haddou.

La star des ksars. Comment ne pas y retourner sans cesse ? Il est des impressions qui ne s’effacent jamais, même si la cité, au bord de l’oued Ounila, est la plus photographiée. Obsessionnelle. J’avais dormi dans une petite auberge de la rive droite, encore éclairée à la bougie, très assortie au charme pérenne des cours d’eau qui dévalent de leur château d’eau de l’Atlas. On ne quitte jamais la ville emblématique des yeux. On y retourne toujours, ayant l’impression d’avoir raté je ne sais quel détail forcément essentiel. Debout à 5 heures, alors que les petits quinquets de la nuit, dans les maisons sombres, et les étoiles, dans le ciel, s’éteignent les uns après les autres. Le soleil est attendu. Puis, à 5 h 30, presque à la minute près, il fait irruption, tout-puissant. S’installe la lumière, crue. La mutation est instantanée. Une fois encore, le rideau est levé. Et les hommes, encore invisibles mais omniprésents, reprennent le cours des travaux et des jours.

 

Ouarzazate

Ouarzazate

Fint, à 10 km au sud d’Ouarzazate, profite d’un peu d’humidité apportée dans le méandre d’un affluent du Draa. La définition même de l’oasis d’altitude à 1100m. Sa population est le fruit d’un peuplement complexe.

 

Tiffoultout

Quand la nuit pré –saharienne tombe comme un burnous (sellam ! inventé ici quand même) avec cette rapidité qui exclue le charme en demi teintes du crépuscule « océanique », en enchaînant sans transition à la stupeur éclatante du soleil, l’apaisement inquiétant de la nuit, Tiffoultout, premier site défensif de l’ouarzazate des grands caïds, perd l’éclat acide de ses ocres et se fond en une masse d’autant plus formidable qu’elle est moins lisible : noir sur bleu de prusse. Invisible avant les étoiles ou la lune. Heure parfaitement sombre. 

Structure agressive, atemporelle, vivifiée paradoxalement par la disparition de tout détails pittoresques. A cette heure, mais seulement au cochant violent, rien ne la distingue d’un château fort médiéval occidental.

Une marque d’homme violent. Pas un havre. Une muraille qui protège mais qui sert surtout d’aire aux pillards qui font main basse sur la région.

Les grandes masses sont analogues : le donjon central et fort, le long développement des courtines que les innombrables décrochements des tours rendent plus complexes et mystérieux.

Seule, une faible ampoule, décevante par son modernisme étriqué, conserve son cachet à la poterne, regard ouvert au nord, dont la porte colossale est bardée de clous et de lames métalliques comme une cuirasse. Le fer arme, et ne brûle pas..

C’est à Tifoultout que j’aimerais revenir. Un village chapeauté récemment (moins d’un siècle) par une kasbah caïdale qui ne fait que surmonter et compléter ce trésor architectonique, symbole vivant.

L’Asif Imini apporte sa fraîcheur, les troupeaux s’y abreuvent.

Quelques chambres offrent une vue strictement imprenable sur toute la région et la naissance du Draa. C’est ici que l’on peut commencer à comprendre ce que l’on aime déjà. On ne saurait trop recommander d’y flâner la nuit, quand les étoiles scintillent dans les reflets de la rivière qui se cache entre les rochers.

Une petite loupiote marque l’entrée de votre nouveau domaine, comme un fanal, à peine plus forte qu’une étoile du ciel. Mais si proche.  Vous y êtes…

Danseuses du M’Goun.

C’est un lieu secret, quelque part dans cette fastueuse palmeraie  qui éparpille des châteaux ocre et terre de Sienne dans l’écrin vert-bronze des palmiers. Pour la fête des Roses, elles avaient dansé l’aouach tout l’après-midi, dans la chaleur sans rémission de cette fin de printemps. À l’heure de la pause, elles s’étaient réfugiées sous la tente pour se retrouver sans regards posés sur elles ; moi je ne comptais pas, elles pouvaient tout se dire puisque je ne comprenais rien. Fatiguées mais si jeunes qu’elles trouvaient des ressources pour se « remettre » : confidences, rires cristallins. Puisque j’étais seul, comment ne pas se croire dans un harem, dans un conte.

Majorelle en 1930 réalisait "la sortie du Pacha" à Taourirt

70 ans plus tard, pas grand chose n'a bougé, un arbre a poussé

© 2019 by Jacques Bravo